La Croix-Rousse : son histoire

 


Sommaire

 


Que se passe-t-il à l’ouest de la colline au début du XIX° siècle ?


Alors que l’Est devient un vaste atelier de tissage et de commerce de la soie, l’Ouest demeure assez calme. Alors que l’Est s’urbanise, l’Ouest, excepté le quartier de Serin, demeure assez rural, cultivant toujours ses bons légumes.

Quand nous nous étions promenés, il y a quelques temps, quai d’Hallincourt et quai Sainte Marie, nous avions vu que l’Armée était très présente dans le quartier des bords de Saône. Dans la première moitié du siècle, cette présence s’amplifie. En 1811 elle transforme l’ ancien couvent de Sainte Marie aux Chaînes en caserne qui deviendra plus tard les Subsistances. En 1833 elle occupe aussi le Grenier de l’Abondance qui devient la Grande Caserne de Serin.
En haut, sur le plateau, le Clos Jouve, ancienne vigne des Chartreux devient terrain de manoeuvre pour les militaires.

Il restait encore aussi pas mal de terrains laissés libres par les couvents ou les anciennes “familles bourgeoises“, mais contrairement à l’Est de la colline, ils vont être ici rachetés ou récupérés par leur anciens propriétaires.
En 1807, le Cardinal Fesch racheta quelques lots de l’ancienne Chartreuse et, vers 1850, la moitié de son clos sera reconstituée. Plusieurs couvents dont les sœurs de Saint Charles rachetèrent aussi d’anciennes propriétés religieuses.
D’autres propriétés confisquées en 93, comme la Belle Allemande de Cléberger, le Clos Savaron, le Domaine du Val, sont aussi récupérées par les familles des anciens propriétaires qui en font des résidences secondaires et emploient maintenant, non plus des fermiers, mais des jardiniers d’entretien.

Serin, comme nous l’avions vu, devint le quartier du vin à cause des droits d’octroi moins élevés qu’à Lyon et, à côté des entrepôts, se construisirent des immeubles occupés par les travailleurs de l’endroit : Bateliers, cabaretiers, tonnelier, marchands de vin ou de vinaigre.

Au nord-ouest du plateau, sur les limites de Cuire qui ne seront arrêtées qu’en 1827, la Croix-Rousse, en devenant commune, avait installé son cimetière. Ce qui garantissait, là au moins, une zone de grand calme !

Voilà pour ce chapitre plus court que les autres, une fois n’est pas coutume, mais, vous comme moi, ça nous repose un peu !
Dans les prochains messages, nous regarderons comment s’équipent ces quartiers devenus urbains (la voirie surtout) puis il faudra nous intéresser aux divers mouvements sociaux qui les portèrent à la une de l’actualité ce qui nous mènera à 1852, date où toute la colline deviendra lyonnaise.
Nous ne sommes donc pas au bout de nos peines !
Alors ménagez-vous pour la suite du feuilleton !
Le Gone.

Note : L' Homme de la Roche

L' "Homme de la Roche" ce n'est absolument pas un ancêtre "Rochet", détrompez-vous !
Sous ce titre je voudrais simplement ajouter une note à ce dernier chapitre sur la Croix-Rousse.
Dans ce chapitre, il a été fait mention de Cléberger et de la Belle Allemande. De qui et de quoi s'agit-il ?
Revenons un instant en arrière, au temps où des marchands et des banquiers italiens avaient aussi des propriétés sur les Pentes : Les Capponi que nous avons rencontrés entre la Grande-Côte, et la Montée Saint Sébastien, le Florentin Nardy sur le domaine de la Tourette, le Milanais Russio propriétaire de la Giroflée, les Gadagne au Château Gaillard, les Mascrany sur le versant dominant le Rhône…
Avec eux, un riche marchand venu d'Allemagne et portant le nom de Cléberger, avait aussi, acquis, vers 1544, une grande propriété sur le versant occidental du Plateau de la Croix-Rousse.
Désertées au XVII° par leurs propriétaires, toutes ces propriétés et tous ces domaines, comme nous l’avons vu, furent rachetés par des religieux.
Né en 1485 à Nuremberg, Cléberger était un financier très riche. Accusé d’avoir empoisonné sa femme (cela pouvait arriver à l'époque !) il se réfugia à Lyon en 1531.
Là, à cause de sa générosité, notre Marchand qui ne ressemblait pas du tout à Barbe-Bleue, mais avait un cœur à la dimension de sa fortune, gagna le surnom de "Bon Allemand".
S'il prêtait aux rois, il donnait aussi aux pauvres, il fit un don de 500 livres au Consulat lors d'une épidémie de peste et, au Bourgneuf, il dotait les filles en mal de mariage…
En 1545, il fut nommé conseiller échevin de la ville de Lyon.
Il mourut en 1546, non sans laisser que de bons souvenirs jusqu'à nos jours !
Et bien, Cléberger c’est notre "Homme de la Roche" et la Belle Allemande n’est autre que sa deuxième fenotte qui était fort jolie, paraît-il, et répondait au beau nom de Pelonne de Bouzin (on peut s'appeler ainsi sans être pour autant une roturière!). Par la suite on donna naturellement à leur propriété dominant la Saône, rue d' Ypres, le nom de "Belle Allemande", surnom de madame Cléberger. De même la rue s'appela "rue de la Belle Allemande".
Dès le XVI° siècle, on avait élevé dans la grotte du Bourgneuf (quai Pierre-Scize) une statue à un bienfaiteur anonyme. Lorsque cette statue très abîmée fut remplacée, en 1820, on identifia l’Homme de la Roche comme étant Cléberger, le bon Allemand. En 1849 on remplaça une nouvelle fois la statue détériorée et la municipalité inaugura en grande pompe, le 16 septembre, celle que nous voyons de nos jours.
Si un jour vous passez sur ce quai, limité à 50 kilomètres/heure, ayez une pensée pour cet homme dont les richesses n'avaient pas fermé le cœur… moi je pense aussi à sa belle !
Le gone.

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Les rues et les traboules. 1 - Les rues du Plateau.

Bonjour à tous !
Le Gone espère que vous êtes en forme, car aujourd’hui commence un long chapitre où nous n’en finirons pas de gravir des côtes, arpenter des rues, dégringoler des escaliers et cela nous occupera peut-être, s’il faut faire quelques haltes, pendant plusieurs messages… Alors qui veut me suivre lace bien ses meilleures chaussures et n'oublie pas son plan de Lyon !

En effet, le morcellement des anciennes propriétés religieuses et les nombreux lotissements à l'est de la colline entraînèrent l'ouverture de nombreuses rues dans ce secteur, et cela saute aux yeux dès que l'on ouvre un plan, même actuel.
Rappelez-vous : Jusqu' à présent nous n' avions guères que les montées et leurs prolongements sur le plateau. C’ étaient les anciennes côtes Saint Vincent, Grande-Côte et Saint Sébastien , plus, de part et d' autre, la montée de la Boucle vers le Rhône et le mauvais chemin de Serin, qui ne sera remplacés par notre montée des Esses que vers 1840, vers la Saône. Notre cours Général Giraud ne sera ouvert qu'après 1848 sous le nom de cours des Chartreux.

La plupart des rues de la Croix Rousse et des Pentes datent de cette première partie du XIX° siècle, mais elles se multiplièrent souvent de manière anarchique (c'est peut-être, d’ailleurs, ce qui donne tout son charme à ce quartier ?)
Écoutons Josette BARRE, notre sympathique spécialiste :
« Guidé par le souci de rentabiliser rapidement ses terrains et de les diviser au mieux de ses intérêts, le lotisseur ouvre une ou deux rues qui lui permettent d’obtenir le maximum de parcelles constructibles. Bien souvent, il ne tient pas compte de la voirie existante ni des projets de ses voisins. Il agit généralement seul, parfois avec un ou deux propriétaires… »

Sur les Pentes, la ville essayera bien de contrôler l’ouverture des rues à partir de 1825, mais elle sera souvent mise devant le fait accompli.
Sur le plateau, la municipalité sera encore plus discrète, elle n’a pas de ressources et les promoteurs, riches notables, sont aussi ses édiles alors… (l’art de la magouille n’est pas d’ aujourd’hui, ce qui n’est pas forcément consolant !). Les lotisseurs auront même le droit de nommer leurs rues et c’est ainsi que certains voudront s’immortaliser.

Sans entrer dans les détails des tractations, je voudrais simplement tenter, par lotissement, une liste des rues ouvertes à cette époque et nous commençons par le faubourg, vous avez bien votre plan ?

Vers 1812, sur un clos de deux hectares ayant appartenu au XVIII° au soyeux Ange Biétrix, et situé entre la Grande Rue et la rue du Chapeau Rouge (actuelle rue de Belfort), Pierre Gabriel Dumenge ouvre trois rues : La partie sud de la rue du Mail (le mail était une sorte de jeu de croquet), la rue Dumenge (nous savons pourquoi !) et la rue du Pavillon. Toutes trois ont gardé leur nom. C’est là que Dumenge fait élever les premiers immeubles de canuts. La rue d’Austerlitz était alors le chemin des Fossés.

En 1824, sur l’ancienne propriété de l’Auberge du Chariot d’Or, au nord du clos Dumenge, le lotisseur Perrin prolonge la rue du Mail et ouvre aussi trois rues : La rue Henri IV (rue sociale en 1849, de nouveau Henri IV en 1852, rue d’Ivry depuis 1854), la rue du Chariot d’Or et la rue de la Visitation (rue des droits de l’homme en 1848, de la Constitution en 1850, re de la Visitation en 1852, enfin rue de Nuits, en souvenir du combat de Nuits Saint Georges contre les Autrichiens le 18 décembre 1870.)
A la demande de la municipalité, Perrin cède une parcelle pour la création de la place de la Visitation (Les Visitandines s’étaient réinstallées dans le quartier après la Révolution), cette place s’appellera place du suffrage universel en 1849 (attention, suffrage universel pour les hommes seulement !), place du Peuple en 1850, de nouveau de la Visitation en 1852 et enfin, depuis 1946, place Bertone (Résistant fusillé en 1942).

En 1835, sur son clos situé au nord du clos Perrin, Pailleron prolonge encore la rue du Mail et, entre la rue du Chapeau-Rouge (Belfort) et la rue Saint Denis (depuis 1895 rue Hénon, maire de Lyon), il ouvre la rue qui porte son nom. Ainsi la rue du Mail terminée et la rue Pailleron permettent le dégagement de la Grande-Rue, déjà trop étroite à cette époque !
A l’ Est, entre la rue du Chapeau-Rouge (Belfort) et la petite rue des gloriettes (ancienne rue de la Bouffarde et actuelle rue Louis Thévenet depuis 1939) les clos des religieuses du Saint Sacrement et de la Visitation empêchent alors toute création de nouvelle rues. La rue Berthet c’est cette rue bordée par ces immenses immeubles qui dominent la ville : faut-il être heureux pour les gens qui y habitent ou très tristes pour la colline défigurée ? J’hésite !

En 1821, au sud des clos des susdites religieuses, Jacques Rey et Franklin Bonafous s’étaient entendus pour lotir leurs propriétés (3,5 hectares) situées au dessus du Cours d’Herbouville, cette belle promenade ombragée qui depuis 1811 avait remplacé le quai Saint Clair pour le bonheur des lyonnais.
Sont alors ouvertes trois autres rues : La montée Rey (depuis 1962 : Justin Godart avocat et homme politique lyonnais 1871-1956), cette montée relie le Cours d’Herbouville par un escalier (montée Rater en 1924), la rue Sainte Catherine (prénom de Madame Rey, rue Lebrun depuis 1854) et la rue Célu (patronyme de Madame Rey). Quel mari attentionné que ce Monsieur Rey qui offrait des rues à sa fenotte !).
La rue des Gloriettes (depuis 1871, Joséphin Soulary , poète lyonnais) qui se termine elle aussi par des escaliers dans sa partie inférieure, étaient peut-être plus ancienne. Quoiqu’il en soit une promenade dans ces rues ne manque pas de charme, mais, croyez-moi, c’est assez sportif dans le sens de la montée !

Au nord-est du faubourg, sur les pentes du ravin de la Boucle, le lotissement sera long à démarrer. Fin 1835, deux rues parallèles à la montée de la Boucle sont cependant ouvertes : La rue Lafayette (de Dijon en 1878 puis Eugène Pons, imprimeur et résistant lyonnais, en 1945) et la rue Camille Jordan (Jean Bart en 1849, Spartacus en 1850 et Mascrany depuis 1854. Les Mascrani était une riche famille de banquiers arrivée à Lyon à la fin du XVI°, qui donna plusieurs prévôts des Marchands à la ville).
Entre ces deux montées, sont encore ouvertes trois rues : La rue des Actionnaires (ceux qui avaient souscrit pour la construction du quartier Saint Eucher), la rue Guitton et la rue Lassale.

De son côté, Chaumais, entrepreneur de bâtiments et possesseur d’un clos de cinq hectares, ouvre, avant 1839, plusieurs rues : Celle à laquelle il donne son nom (c’est depuis 1923 la rue Jean Jullien, auteur dramatique lyonnais), la rue des Grands Hommes (qui étaient-ils, il y en a tellement chez nous et sans parler des femmes ! c’est, actuellement, la rue Philippeville), la rue de la Fontaine, la rue des trois enfants, la rue Sainte Anne (Saint Dier, depuis 1917) et enfin la rue Saint Joseph (en 1855 rue Octavio Mey , fabricant inventeur du lustrage de la soie, en 1863 rue Artaud , archéologue et conservateur de Musée 1767-1838). C’est fou ce que l’on peut apprendre en lisant les plaques des noms des rues quand on ne sait pas grand- chose, parole de gone !

Au-dessous du clos des sœurs du Saint Sacrement, un autre entrepreneur, Emile Bouniols, conseiller municipal, veut lui aussi lotir ses terrains et, en 1841, il ouvre la rue Richan (maire de la Croix-Rousse entre 1830 et 1839) et la montée Mazagran (depuis 1952, Montée Kubler, officier de police, résistant et mort en déportation).

C’était pour les rues à l’Est de la Grande Rue… Regardons maintenant, toujours guidés par Josette Barre, les rues qui se créèrent en cette première moitié du XIX° à l’Ouest. Elles se trouvent derrière l’actuelle Mairie du 4°.
En 1837, pour occuper les chômeurs (tiens !…), la municipalité fait transformer le chemin des Tapis en une promenade, c’est l’actuelle avenue Cabias (dernier maire de la Croix-Rousse entre 1850 et 1852). Je rappelle qu’à la Croix-Rousse les tapis étaient les talus couverts d’herbe des remparts.
Cette nouvelle promenade donne aussitôt de la valeur aux terrains situés de part et d’autre et là, l’entrepreneur Perrot s’empresse d’acheter un clos de trois hectares. En 1839, 1840, il ouvre la rue Perrot (rebaptisée plus tard rue Perrod, médecin généreux de la Croix-Rousse), la rue Jacquard, la rue Constantine (d’Isly depuis 1854), la rue Sully (Villeneuve en 1854) et rue Duviard, du nom d’un ancien chirurgien militaire venu s’installer à la Croix-Rousse où il fut bienfaiteur des pauvres.
En 1845, la rue Jacquard est prolongée jusqu’à la rue d’Enfer (ancien chemin de Saint Vincent à l’île Barbe, Denfert-Rochereau depuis 1878).
Au nord du clos Perrot, le docteur Carron fait percer, au centre de sa propriété, la rue Saint Augustin (Valentin Couturier depuis 1903).

Deux grandes places pouvaient rassembler les habitants : la place de la Croix-Rousse dénommée ainsi depuis le 21 novembre 1817, et la place des Tapis où s’installait chaque année la “foire baladoire“, ancêtre de la fameuse vogue ou foire aux marrons qui a lieu de mi octobre à mi novembre. Ces places seront des lieux stratégiques lors des révoltes qui nous occuperont plus tard.

Un vaste projet d’urbanisme avait été élaboré vers 1840 par un architecte du nom de Gors, possesseur d’une vaste propriété au centre du Plateau. Il imaginait selon un plan conservé aux AML, deux grands axes, nord-sud et est-ouest se coupant en une place centrale où il plaçait la mairie, axes divisant le Plateau en quatre beaux quartiers. Mais il fallait traverser de multiples anciennes parcelles maraîchères et le projet ne put voir le jour… On peut imaginer les oppositions qui durent se manifester !

Voilà, j’espère que nous pouvons maintenant avoir une idée du faubourg et de ses transformations dans la première moitié du XIX° siècle.
Le réseau des rues, pas toujours pavées, avait plus que doublé, et la population, qui était de 5.995 habitants en 1795, était de 12.995 en 1820 et de 28.610 habitants en 1852.

Le faubourg, très urbanisé à l’Est, se rapprochait de la ville, mais il était toujours extra-muros et les remparts très abîmés en 1793 avaient été réparés et même renforcés à partir de 1831 et on ne franchissait la frontière qu’à travers les barrières de l’ octroi.

Mais nous avons beaucoup marché et vous êtes sans doute un peu fatigués ?
Moi je le suis, alors remettons au prochain épisode la découverte des rues des Pentes.
A vous revoir mes belins belines !
Le Gone. -

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Les rues et les traboules. 2- Les rues des Pentes.


Bonjour,
J’espère que le Gone ne vous a pas trop fatigués le long des rues du Plateau, parce que je vous préviens, sur les Pentes, ça risque d’être encore plus dur… et pas question de prendre les traboules tout de suite, ce sera pour le prochain message !
Il fait très beau aujourd’hui, alors profitons-en.

Quand en juillet 1796 les clos des Capucins du petit Forest et des Ursulines, proches des maisons des Terreaux et de la Grande-Côte avaient été vendus à quatre particuliers, l’acte de vente prévoyait trois axes : un Est-Ouest et deux Nord-Sud. Mais ni la Ville, ni les nouveaux propriétaires ne voulant les financer, les travaux ne sont toujours pas commencés en 1802. Le préfet pousse la Municipalité à se charger enfin des nouvelles rues.
La Grande Rue Neuve des Capucins est alors percée entre la Grande-Côte et la place Croix Paquet.
Et Nord-Sud est ouverts l’axe des rues Couston et Coysevox (les frères Nicolas 1658-1733 et Guillaume, 1677-1746 Couston comme Antoine Coysevox 1640-1720, étaient des sculpteurs lyonnais), et l’axe des rues Rozier et Saint Polycarpe, avec, à l’intersection de ces deux dernières, la place du Forez (La famille Forez avait autrefois cédé leur clos aux Capucins). C’était dans ce nouveau quartier que s’élevaient, comme nous l’avons vu, les maisons des Marchands-Fabricants.

A l’Ouest, la Municipalité lyonnaise réalise le petit lotissement du quartier Sathonay sur le clos des Dames de la Déserte et leur couvent ayant servi jusqu’en 1813 d’école impériale de Cavalerie fut démoli. Seul fut conservé un bâtiment qui devint la mairie du premier arrondissement.
La Place de la Déserte est aménagée par Louis Flachéron, architecte de la ville pour devenir la place Sathonay (Maire de Lyon entre 1805 et 1812). Les terrains alentour sont lotis à partir de 1820 et sont ouvertes les petites rues Savy (premier maire de Lyon en 1790), Fargues (maire entre 1815 et 1818), Poivre (Pierre Poivre 1719-1786 étant le très célèbre naturaliste et grand voyageur, Intendant des îles de France, actuelle Maurice, et de Bourbon, actuelle Réunion).

En 1818, deux entrepreneurs de bâtiment rachètent à Steinmann une partie du clos des Carmélites. Ils démolissent l’église et le couvent, construisent le long de la montée et ouvrent, dans le clos, la rue Tolozan (Louis Tolozan de Montfort, 1726-1811, avait été dans le commerce de la Soierie puis trésorier et receveur général des deniers communs et enfin Prévôt des Marchands jusqu’en 1790. Cette rue devint en 1901, la rue Pierre Banc (administrateur de la Martinière).

En 1822, Madame Riondel est propriétaire d’une partie du Clos de la Tourette ayant appartenu à la famille Claret de Fleurieu de la Tourette, soit 4,5 hectares (le portail de ce domaine se trouve encore devant l’école normale des institutrices, IUFM actuel). Pour lotir son clos, elle fait percer deux rues Est-Ouest et quatre rues Nord-Sud. Mise devant le fait accompli, la ville refuse de prendre en charge le pavage de ces nouvelles rues qui demeureront longtemps en très mauvais état sur ce quartier appelé “Bellevue“ puis “Mont Sauvage“. Ce n’est qu’en 1853 que la Grande Rue du Clos Riondel, la rue du Midi du Clos Riondel, la rue au Couchant du Clos Riondel, la petite rue du Clos Riondel, la rue au Levant du Clos Riondel et la rue au centre du Clos Riondel seront réhabilitées et nommées respectivement rue de Crimée, rue d’Alma, rue Vauzelles, rue Ozanam, rue Saint François d’Assise et rue Saint Clotilde.
La rue de la Tour (actuelle impasse Pitrat) devait son nom à une tour construite par un certain Pitrat, entrepreneur marseillais qui voulait voir la mer ! Je ne sais pas s’il eut le temps de l’apercevoir, bien que pour les yeux d’ un marseillais la chose devait être plus facile que pour des yeux lyonnais ! Toujours est-il que la tour de 100 mètres de haut s’écroula en 1828… Reconstruite moins haute elle fuit démolie en 1874. Les religieuses du couvent qui s’établit là prirent le nom de Sœurs de la Tour Pitrat. Ce sont elles qui apprirent à lire et à écrire à nombre de petits lyonnais, parmi lesquels non seulement mes sœurs mais aussi mon grand père !...

En 1821, les frères Donzel, entrepreneurs, achètent à Breton, le mécanicien qui mit au point le métier jacquard, une partie du clos des Oratoriens qui se trouvait à l’ouest de la montée Saint Sébastien. Sans rien demander à personne, ces Donzel ouvrent la rue Imbert Colomès (échevin puis dernier Prévôt des Marchands de Lyon), la rue des Tables Claudiennes, la rue Chappet (Pierre Barthélemy Chappet, 1715-1794, consacra sa vie et sa fortune aux prisonniers et aux malheureux). Mais la ville réagit en imposant la fermeture de ces rues pendant quelque temps.

En 1825, un règlement soumet enfin toute ouverture de rue au Voyer (officier, fonctionnaire, chargé de l’administration des voies publiques), au Conseil Municipal, au Préfet et au Ministre de l’intérieur. Le grand Voyer Louis Benoît Coillet trace alors un plan de rues à ouvrir sur les terrains non encore construits. Si la famille Villermoz propriétaire des clos situés de part et d’autre du haut de la montée Saint Sébastien, anciens clos des Bernardines à l’Ouest et des Colinettes à l’Est, ne s’oppose pas au projet, l’Archevêque refuse la traversée de la propriété du Séminaire Saint Irénée.
D’autre part deux autres propriétaires des clos situés au-dessus de la rue Vielle Monnaie (René Leynaud), Joseph Mermet, médecin, conseiller municipal, et Me Casati, notaire, s’entendent pour prendre de vitesse l’acceptation officielle du projet Coillet, car ils craignent que certaines de leurs parcelles ne soient alors plus constructibles. Ils ouvrent sur leurs clos une partie de la rue du Commerce (Burdeau depuis 1895), le passage Mermet et le prolongement de la rue des Tables Claudiennes. Pour faire passer la chose, Mermet et Casati vendent à la ville un terrain pour la place du Perron qui deviendra place Chardonnet en 1928 (Hilaire Bernigaud, comte de Chardonnet, chimiste et industriel inventeur de la soie artificielle 1839-1924).

En 1830 est ouverte la rue Pouteau (Claude Pouteau, chirurgien à l’Hôtel Dieu au XVIII°). Par cette montée comprenant des escaliers sur les pentes les plus raides, peuvent communiquer toutes les rues précédentes.
La rue Vielle Monnaie était quant à elle très ancienne, elle s’était appelée rue Besson en 1521 (Besson y tenait alors l’atelier monétaire), rue Vielle Monnaie en 1680 et en 1945, rue René Leynaud, résistant fusillé en 1944).

En 1828-1830, au-dessus des lotissements Mermet et Casati, le Voyer Coillet fait percer, sur l’ancien clos des Bernardines, la rue Sainte Blandine (Diderot en 1879), la rue Lemot (François Frédéric Lemot, 1771-1827, auteur de la statue équestre de la place Bellecour), la rue Desserve (magistrat). Cette dernière rue devint rue de Sève en souvenir d’Anthelme de Sève dit Soliman Pacha (1788-1821), général de l’armée égyptienne et elle fut raccordée par des escaliers à la place Colbert créée en 1829.
A la même époque, dans l’ancien clos des Colinettes, Coillet ouvre quatre rues et deux montées : la rue Bodin (Jacques Ambroise Bodin, banquier, conseiller municipal, administrateur des Hospices et propriétaire du clos des Colinettes), la rue Audran (Gérard Audran, graveur lyonnais 1640-1703), la rue Magneval (Gabriel Barthélemy Magneval, conseiller municipal et député du Rhône, 1751-1821), la rue Mottet de Gérando (aussi conseiller municipal et député du Rhône, 1771-1828), la montée Adamoli (Pierre Adamoli, 1707-1769, Conseiller du roi, Maître des ports et passages de Lyon) et la montée Grognard (François Grognard, 1748-1823, négociant, bienfaiteur du Musée).
En dessous, la rue des Fantasques, en corniche au dessus du quai, est beaucoup plus ancienne, On lit à son sujet dans l’Almanach de Lyon de 1745 (cité par Louis Meynard) : « On nomme ce chemin ainsi parce que c’est un endroit fort écarté, servant de promenoir à des gens d’un caractère particulier, qui veulent éviter la compagnie », j’y suis allé voir, mais je n’ai pas remarqué de tels personnages, peut-être étais-je moi-même un… fantasque ?! Louis Meynard poursuit : « Selon Paradin, on désignait ainsi cette rue parce que, jadis, des brigands et larrons se cachaient en ces lieux pour détrousser et assassiner les voyageurs arrivant par la route de Bresse». Mais le progrès aidant, il n’est plus besoin d’aller dans cette rue pour se faire détrousser !

En 1825, Coillet avait aussi présenté un autre projet pour l’ouest de la montée des Carmélites. Il s’agissait de relier par une rue sinueuse, le gros immeuble de six étages, dit des 365 fenêtres, que Brunet avait fait construire au-dessus de la place Rouville (Guillaume Roville ou Rouille, imprimeur lyonnais, 1518-1589, la place date de 1829), au passage que le teinturier Gonin avait créé sur le quai de Saône (impasse Saint Benoît puis passage Gonin). Mais, là encore, une propriétaire refusa de céder le terrain nécessaire au passage de cette montée.
Les sœurs Saint Charles, nouvelles propriétaires du clos des Annonciades acceptèrent cependant la création de la rue de l’Annonciade qui permettra de relier l’immeuble Brunet à la montée des Carmélites.
En, 1838 s’ouvre enfin la rue de Flesselles (Intendant de la Généralité de Lyon, 1768-1784).
Mais il faut remarquer que, malgré les efforts du Voyer, cette partie ouest de la colline, trop loin du centre de la ville, n’intéressait pas trop la municipalité lyonnaise de l’époque.

Voilà… Si vous le voulez bien, nous allons terminer ici notre promenade pour aujourd’hui.
Nous la reprendrons avec le prochain message, mais ce sera plus rapide car nous emprunterons les fameuses traboules et, s’il pleut ce jour-là, nous serons à l’abri !

D’ici là méfiez-vous quand même des “fantasques“ on ne sait jamais !
A vous revoir mes belins belines.
Le Gone

NDLR : Le Gone est conscient qu’avec ces deux derniers messages sur les rues, il vous a imposé une lecture difficile voire fastidieuse… mais sachez que l’écriture n’en a pas été facile non plus pour lui, même s’il était très bien accompagné par Madame Josette Barre !
Il espère cependant que cela permettra à certains de mieux situer les ancêtres qu’ils ont sur cette colline…

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Les rues et les traboules. 3 – Les traboules.

(Pour ceux qui seraient déjà à court de lecture !)

Il n’ est pas possible d’évoquer les rues du quartier des Pentes sans évoquer aussi les traboules.

« Traboule » voilà un mot bien lyonnais même s’il désigne une chose que l’on peut retrouver, sous d’autres dénominations, ailleurs qu’à Lyon.
Une “traboule » c’est, à l’intérieur d’un pâté de maisons, un passage, une allée, un raccourci, permettant de passer d’une rue à l’autre.
D’ailleurs, en passant par le franco-provençal “tra boulare“, notre mot ne vient-il pas du latin “trans ambulare“ qui signifie “passer à travers“ ?

Si les traboules ne sont pas une exception lyonnaise car nous en trouvons sous d’autres noms, par exemple à Chambery, à Nantes, à Troyes, à Sisteron (les andrônes) , à Besançon (les trages) et aussi dans notre région, à Saint Etienne (79 traboules dans le centre ville !) ou à Villefranche (les traverses), Lyon peut néanmoins être reconnue, excusez-moi, comme la “reine“ des traboules. En effet, René Dejean, auteur de “Traboules de Lyon, histoire secrète d’une ville“ n’en dénombre pas moins de 315 !

Il faut avouer que ces traboules s’harmonisent bien avec un certain caractère lyonnais qui ne craint pas la discrétion, sinon le mystère. Et allez savoir ce qui pouvait (et peut encore) se tramer dans ces endroits sombres et labyrinthiens ?

Les premières traboules se situent naturellement dans le Vieux Lyon où l’on en trouve 51. Là, au Moyen âge, elles permettaient de communiquer entre les deux longues rues du Bœuf et Saint Jean et d’accéder aussi à la Saône en passant sous les maisons qui la bordait sans discontinuité. Ainsi on pouvait accéder tant à l’eau de la rivière qu’à celle des puits qui se trouvaient dans les cours intérieures.
Nous trouvons aussi des traboules dans la Presqu’île, pas moins de 115.
Mais si le Plateau de la Croix-Rousse n’en a que 9, c’est certainement notre quartier des Pentes qui est le champion de la traboule : René Dejean en dénombre là 140 !

Si les lyonnais ne craignent pas les chemins de traverse, c’est qu’ils ont aussi un sens pratique affirmé !
Je ne sais pas si, au chapitre précédent, j’ai su rendre la vie qui animait ce quartier, mais pour en avoir une idée il faudrait évoquer, le soleil en moins, celle des souks des villes d’Afrique du Nord, de Fès par exemple… Nulle part ailleurs je n’ai autant eu la sensation d’un “grouillement humain“ !
Je m’explique :
La soie se tissait sur les hauteurs et les différentes étoffes se commercialisaient en bas, aux Capucins ; la soie brute était reçue et préparée en bas, à la Condition des soies, et livrée en haut aux dévideurs pour aboutir en passant par les ourdisseurs, les plieurs, les caneteurs aux tisseurs…
Alors quoi de plus pratique pour les affaneurs et autres commis, de passer par les traboules qui leur permettaient d’éviter les embouteillages des rares montées, et de transporter la précieuse marchandise à l’abri des intempéries ? Certes déambuler dans ce vaste “gruyère urbain“ avec balles ou pièces de soie sur le dos, en gravissant ou dégringolant dans la pénombre une multitude de marches, devait être assez sportif ! Mais sportifs, nos ancêtres l’étaient et ils l’étaient d’autant plus qu’ils ne le savaient pas ! Je les imagine éberlués en nous voyant faire du footing dans les rues pour nous maintenir en forme ou tout simplement pour… perdre quelques kilos !

On a trop souvent dit que ce réseau des traboules des Pentes avait été un lieu stratégique pour les résistants à l’occupation allemande des sombres années de la guerre, pour que j’insiste... Mais quel endroit rêvé (bien que le mot “rêvé“ soit assez mal choisi en la circonstance) pour des rencontres clandestines ou pour semer la gestapo qui surveillant une porte d’allée pouvait attendre assez longtemps ceux qu’elle traquait et appelait “terroristes“, puisqu’ils avaient fui… par une autre issue.  Mais, sans toutefois l’oublier, laissons là cette triste époque.

Si un jour, muni d’une lampe de poche, vous aviez envie de “trabouler“, vous trouverez facilement une brochure ou un plan vous indiquant quelques fameux itinéraires, mais n’attendez pas de moi que je vous décrive ici les 140 traboules !...

Voilà, j’espère n’avoir laissé personne dans ce dédale !
Je vous attends de toute façon la prochaine fois pour voir comment s’était équipé, sur le plateau, notre nouveau quartier des Canuts dans cette première moitié du XIX°.

A vous revoir mes belines et belins.
Passez une très bonne semaine.

Le Gone.

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